
«Le Chamignon du Schoteur» (2014) Photo : Phil Ross
Tout commence par un geste d'artiste, et de cuisinier. Dans les années 1990, Phil Ross s'empare du mycélium, ce réseau discret qui forme la partie vivante des champignons, comme d'un vrai medium de création, sculptures, mobilier, blocs de construction. De cette intuition naît, des années plus tard, MycoWorks, une entreprise californienne qui a fait du vivant sa matière première.
Le scientifique Matt Scullin, recruté par Phil Ross pour transformer cette invention en matière exploitable par l'industrie de la mode, peut ainsi faire varier l'épaisseur, la densité ou la souplesse selon les besoins de chaque marque. On ne fabrique pas ce cuir-là, on le cultive. Leur procédé, baptisé Fine Mycelium™, ne cherche pas à imiter le cuir animal. Il agit directement sur la croissance du mycélium, en ajustant la lumière, l'air et la température, pour que ses filaments s'entremêlent et forment une matière solide et texturée.

Phil Ross dans le tout premier studio MycoWorks — photo : JJ Casas

"Mycotecture Vault" (2011) / Photo : Phil Ross

Matt Scullin, ex Mycoworks CEO / Photo : Brendan Mainini
MycorWorks mycélium sheets. Natural, 2016 / Photo : MycoWorks
Le résultat s'appelle Reishi™. Une matière à part entière, avec sa propre texture, sa propre souplesse, pensée comme une alternative haut de gamme plutôt qu'un simple substitut. Cultivée directement dans la forme voulue, un sac, une paire de chaussures, elle ne génère quasiment aucun déchet. C'est ce dialogue entre le geste d'un artiste et une avancée scientifique précise. Le mycélium ne remplace rien, il ouvre simplement une autre façon de penser la matière, plus lente, plus organique, plus proche du vivant.
C'est ce dialogue entre le geste d'un artiste et une avancée scientifique précise. Le mycélium ne remplace rien, il ouvre simplement une autre façon de penser la matière, plus lente, plus organique, plus proche du vivant, presque une matière avec sa propre âme.

Bill Morris, directeur produit chez MycoWorks, fait la démonstration de la souplesse du Reishi / Crédit : Peter Prato pour le New York Times. / 2022
Qu’il soit décliné en finitions Pebble, Mycelial ou Doux, le Reishi™ offre ce toucher sensoriel unique qui a su convaincre les esprits créatifs les plus exigeants. Hermès s'y est intéressée dès 2017 : trois ans de travail commun ont donné naissance à Sylvania, une déclinaison du Fine Mycelium, qui habille depuis leur sac Victoria, un modèle historique de la maison réinventé pour l'occasion. Hermès et MycoWorks ont ouvert de nouvelles perspectives en matière de design.
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Le sac Sylviana Hermès x MycoWorks / Photo: Coppi Barbieri
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L'histoire a failli s'arrêter fin 2025 avec la mise en insolvabilité de MycoWorks. Heureusement, DFX Corporation et Daniel Frydenlund — nommé président du conseil d'administration au début de l'année — ont permis de sauver les brevets et le savoir-faire. Les fondateurs, eux, ont quitté l'aventure. Au printemps dernier, le laboratoire d'Emeryville a pu renaître là où tout avait commencé. C'est désormais aux côtés de Sylvan Bio, le plus grand producteur de champignons au monde, que Daniel Frydenlund écrit la suite
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Ce que Phil Ross et Matt Scullin ont créé à partir du mycélium se transmet aujourd'hui à d'autres mains, à qui revient de perpétuer leur création. En cette ère où nous cherchons à repenser nos relations avec les ressources, MycoWorks nous rappelle que l'innovation la plus audacieuse est celle que nous apprenons à cultiver. Le voyage du mycélium, des forêts humides aux frontières du design contemporain, ne fait que commencer.

Découverte du reishi dans le showroom de mycoworks à la NYFW, 2020 / photo : Young Hero