Ryuku Otsuka et la douceur du temps

 

© Ryuku Otsuka

 

 

Ryuku quitte le Japon à l'âge de 15 ans pour poursuivre ses études aux États-Unis. Il passe trois ans en Floride, puis une année à New York, avant de rejoindre la France pour étudier l'art digital à Parsons Paris.  

Après son diplôme, il multiplie les expériences professionnelles en tant que freelance. Mais au fil des années, une question s'impose, celle de son identité. Parti de son pays très jeune, il en vient même à ne plus pouvoir parler sa langue maternelle avec sa famille. Cette distance fait naître en lui le désir de retrouver sa culture. Il se rapproche alors de différentes communautés japonaises à Paris et redécouvre peu à peu des traditions comme le saké, la cuisine ou la cérémonie du thé. C'est dans cette période de reconnexion qu'il découvre véritablement sa voie artistique.

Ryuku a toujours dessiné. Enfant déjà, il aimait griffonner dans un coin de ses cahiers. Son passage en école d'art lui permet d'explorer différents métiers, le graphisme, le design, l'illustration, le tatouage. Mais c'est finalement la peinture qui retient son attention. Il choisit aujourd'hui de travailler avec une technique traditionnelle japonaise, le Nihonga. Les pigments sont mélangés avec de la colle animale, appelée nikawa, puis appliqués sur du papier washi ou de la soie. Une technique exigeante, qui demande du temps et de la patience.

 

© Ryuku Otsuka

 

 

Ses inspirations puisent dans cette même tradition picturale japonaise : il cite notamment Jakuchu Ito et Eitoku Kano, deux maîtres de la peinture japonaise classique, aux côtés du peintre français Henri Rousseau, dont l'univers naïf et minutieux résonne avec sa propre recherche de simplicité.

Pour Ryuku, ce choix dépasse la simple question esthétique. Il s'inscrit dans une réflexion plus large autour du « slow art ». Dans un monde où tout semble aller toujours plus vite, l'artiste souhaite prendre le temps de faire les choses autrement, de créer, de regarder, de rechercher une qualité que notre époque tend parfois à oublier. Sur son site, il décrit d'ailleurs le Nihonga comme une pratique fondée sur la patience et le travail manuel, à l'opposé de la rapidité et de l'automatisation qui caractérisent de plus en plus notre quotidien.

Dans ses tableaux, Ryuku peint notamment des pigeons et des fleurs. Deux sujets qui peuvent sembler ordinaires, presque banals. Pourtant, c'est justement ce qui l'intéresse. Nous les voyons partout, nous les croisons tous les jours. Mais les regardons-nous vraiment ? « Le pigeon et la fleur me poussent à prendre du temps et à apprécier la vie », confie-t-il.

À travers sa peinture, Ryuku nous invite à ralentir suffisamment pour remarquer leur beauté. Ses pigeons deviennent alors bien plus que de simples oiseaux urbains. Ses fleurs ne sont plus seulement des éléments décoratifs. Ils deviennent des invitations à observer, à apprécier, à être présent. Son travail nous rappelle que la beauté n'est pas forcément là où l'on cherche quelque chose d'exceptionnel. Elle peut se trouver juste devant nous.

 

© Ryuku Otsuka

 


Le travail de Ryuku fait écho à une époque saturée d'images, d'informations et de sollicitations. Alors que nos écrans nous poussent à faire défiler toujours plus vite les contenus, lui choisit l'inverse, s'arrêter. Peindre lentement devient alors une manière de résister à cette accélération. Ses œuvres prennent le temps nécessaire pour exister, et nous demandent, à notre tour, de prendre le temps de les regarder. 

« Apprécier les petites choses dans la vie. » C'est la phrase qui guide Ryuku au quotidien, une philosophie que l'on retrouve dans chacune de ses peintures — observer le monde avec davantage d'attention, retrouver de la valeur dans ce qui nous entoure, et ne pas laisser la vitesse nous faire passer à côté de l'essentiel.

Avec son Nihonga, Ryuku Otsuka ne cherche finalement pas seulement à peindre le monde qui l'entoure. Il nous invite à le regarder autrement.  

 

© Ryuku Otsuka

 

© Ryuku Otsuka

 

 

© Ryuku Otsuka

 

 
© Ryuku Otsuka

 

© Ryuku Otsuka

 

© Ryuku Otsuka

 

« Ce qui est beau est déjà autour de nous. Nous avons simplement oublié de le regarder. »

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